Affichage des articles dont le libellé est cinema. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cinema. Afficher tous les articles

samedi 21 juin 2014

2013 : mes 10 coups de cœur cinéma

Ceci est le top cinématographique annuel d'une étudiante en cinéma qui n'avait pas le temps d'aller au cinéma. Comble du comble. J'ai certainement manqué d'excellents films cette année, il n'empêche que j'ai tressailli dans certaines salles obscures cette année, et ce fut pour ceux-ci.


10. La vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche.
Sans m'être absolument extasiée devant et sans avoir lu toute la presse et tenu compte de l'agitation autour de ce film, je l'ai trouvé juste et réaliste - même s'il existe en ce bas monde un juste milieu entre les huîtres et les pâtes bolognaise ou l'érudition et l'ignorance. Il fallait bien trois heures pour peindre la fresque d'une histoire d'amour, de toutes les étapes de la découverte à la résignation en passant par l'ennui et la tempête. Enfin, le sujet de l'éducation sentimentale est toujours, pour moi, un beau sujet et il me semble que Kechiche l'a parfaitement traité dans ce film. (Mais une Palme, quand même...)
"Je suis femme et je conte mon histoire."

9. The Great Gatsby de Baz Luhrmann.
Je serai brève : quel spectacle ! Costumes, décors, musique, faste éblouissant des années 20 (qui me séduit d'emblée), DiCaprio (idem) qui prouve une fois encore qu'il n'a pas fini de nous surprendre et une 3D éblouissante : cette séance m'a fait quitter la terre l'espace de deux heures.
 "I wish I had done everything on earth with you."

8. La bataille de Solférino de Justine Triet.
Le film avec le plus grand nombre de figurants, après Le Seigneur des Anneaux. Absolument l'un des meilleurs films français de l'année, et je ne dis pas ça uniquement parce que mon frère joue dedans et que l'excellent morceau Lose Your Soul chanté par Ryan Gosling nous emporte pendant le générique ! Tout est à saluer dans le film de Justine Triet : l'idée géniale qu'elle a eu de filmer cette double bataille : celle d'un couple pour ses enfants et d'un pays par ses enfants, ainsi que sa maîtrise de l'imprévu (foule, bébés et animaux). Entre le plein et le vide, le vacarme et le silence, c'est le pouls de la vie, avec sa part de jeu et d'improvisation mêlée, qui est rendu dans La bataille de Solférino.
"Tu vas ressentir le vide."


7. Gravity de Alfonso Cuaron.
Très original, on ne l'avait encore vu dans aucun top 2013 ! Plus sérieusement, le travail technique titanesque ne peut être ignoré : c'est beau, voilà. Surtout la découverte magique des premières minutes qui nous immerge, du noir de la salle, dans ce cosmos en 3D. Passée la beauté des débuts, cette version futuriste d'Adam et Ève pris en plein Big Bang illustre parfaitement la force de l'humain et de la machine qu'est son corps dans la course à la vie. Beau et éprouvant.
"Woof woof !"

6. Les garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne.
Pour le jeu d'acteur époustouflant. Même si on l'avait déjà vu au théâtre, le cinéma permet de pousser le jeu du dédoublement encore plus loin et c'est appréciable. D'accord, il est partout et on ne voit que lui, c'est égocentré et la fin est un peu ridicule. Mais la mise en scène du quiproquo identitaire, vraie farce digne de Molière, est réalisée de façon drôle et élégante et donne au final, selon moi, un film frais et drôle, qui fait un bien fou.
"Tu sais il y en a plein qui vivent très heureux."

5. Spring Breakers d'Harmony Korine.
Korine, arty et branché ou pas : la question n'est pas là. Ce qui compte, c'est la performance de James Franco, Britney Spears au piano sur fond rose "Petit Poney" et la perdition du monde incarnée par les jeunes filles en fleur cagoulées et armées. Le spring break, espèce d'enfer flashy et ultra moderne, ressemble à une représentation de l'enfer et du purgatoire échappée d'un tableau de primitif flamand. Chaos, violence, nudité, punitions abjectes, hommes qui se piétinent et "aliens", tout y est. Tout est corrompu, tout brûle, la réalité n'existe pas, ou peut-être avec la grand-mère à l'autre bout d'un téléphone qui semble joindre un autre univers. Trop proustien pour que je n'aime pas. (Y'all.)
"Just pretend it's a video game. Like you're in a fucking movie."

4. Django Unchained de Quentin Tarantino.
Je crois que pour le décrire à sa sortie, la critique n'avait que le mot "jouissif" à la bouche?  Hormis cette évidence, Léo a définitivement validé sa place de king of the world et illumine tout le film de son aura magique. (Je m'emporte.) Enfin, une autre revanche historique - jouissive, n'est-ce pas - de Tarantino, sans manichéisme et avec beaucoup d'intelligence et d'humour, comme d'habitude, et c'est pour mon plus grand plaisir que cette année aura vu fleurir toujours plus de "fucking shit", "motherfucker", "bitch" et autres "nigga"; et j'ajouterai enfin que, malgré quelques longueurs pour y arriver, la scène finale est un vrai cadeau du ciel.
"Django. D is silent."

3. The Master de Paul Thomas Anderson.
De quelle maîtrise on parle? 
"When we're in love we experience pleasure, and extreme pain."

2. Pacific Rim de Guillermo del Toro.
C'est la fan de James Cameron qui s'exprime; on le reconnaît bien trop là-dessous. Maîtrise parfaite et grand spectacle. L'homme et la machine vs. la nature et Dieu. Et autres combinaisons possibles. On a beaucoup encensé Gravity, et à juste titre, mais Pacific Rim
"There are things you can't fight : acts of God."

1. Ma vie avec Liberace de Steven Soderbergh.
Je ne saurais même pas décrire mon ressenti face à ce film; j'ai eu envie de faire un mémoire dessus. Je pense que la question du corps dans ce film est à étudier très sérieusement, puisqu'il en dit beaucoup de choses. Derrière le glamour, le "palais kitsch" et les éclats de lumière qui parsèment l'image, la douleur, la folie et la souffrance, que Douglas et Damon campent de façon époustouflante, glacent le sang. C'est son titre original, Behind the candelabra, qui en dit beaucoup plus sur le sujet de la dissimulation, du caché. Dans son film, Soderbergh réalise le parfait et émouvant strip-tease de son personnage fascinant qu'est Liberace.
"Too much of a good thing is wonderful."

mercredi 18 décembre 2013

Cléopâtre au cinéma

Aujourd’hui, au lieu d’une scène culte, j’ai voulu m’intéresser à un thème en particulier, toujours cinématographique. Si cette idée ne vous plaît pas, je n’insisterai pas, mais parler de Cléopâtre VII en faisant un peu d’histoire du cinéma me paraissait intéressant. La fascinante reine d’Égypte dont l’histoire est une ressource inépuisable pour les réalisateurs a parcouru l’histoire du cinéma en changeant de visage et de caractère. Costumes exceptionnels et figurants par milliers, décors titanesques, budgets astronomiques et censure à gogo au programme.
La vérité, c’est que je voulais choisir un des films majeurs sur Cléopâtre et discuter d’une scène en particulier, mais 1) je n’ai pas pu m’y résoudre, 2) les extraits sous-titrés sont impossibles à trouver, et puis 3) changer, ça fait du bien. Donc pour le prix d’un film, vous en aurez six (ça fait un peu marchand de melons, j’en conviens).
[Note : Ce ne sont pas les uniques films sur Cléopâtre, mais les plus importants.]

T'as intérêt à tout lire.

La femme

Tout ce qu’ont pu découvrir les historiens sur son physique est qu’elle avait les traits lourds et un grand nez. Elle était pourtant une grande séductrice, grâce à une voix ensorcelante, du charisme et une culture impressionnante (elle parlait pas moins de dix langues). Belle ou non, elle incarne la femme fatale ultime, devant laquelle les hommes ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Tentatrice de grande envergure, c’est sur son personnage que s’est formé le concept des vamps (séductrices vampiriques aspirant toute force et courage des hommes les approchant), héroïnes des films noirs en particulier.
Boulimique sexuelle, elle se servait de ses esclaves mâles pour assouvir ses envies et les faisait tuer le lendemain. C’était le prix à payer pour sa "compagnie". C’est ainsi qu’elle ensorcela Marc-Antoine (homme de pouvoir inaccessible, au même titre que César), qui laissa tomber pour elle son peuple et tout l’Empire romain, ne pouvant plus s’en séparer.
A côté de cette réputation, Cléopâtre était un pharaon tenace,extrêmement attachée à son pays et à son peuple. Elle gérait de main de maître disettes, sécheresses et luttes politiques. Une bête de nana.

L’histoire (en très gros)

Elle accède au trône à 17 ans, épouse consécutivement ses 2 frères (berk) mais finit par régner seule [les films n'évoquent pas cette partie de sa vie]. Pour agrandir, sauver et moderniser l’Égypte, elle séduit l’empereur romain Jules César en se faisant livrer à lui, enroulée dans un tapis, pour pouvoir l’approcher. César, accusé de délaisser son peuple pour une femme se fait assassiner. Cléopâtre rencontre alors son second, Marc-Antoine, qu’elle séduit également. Ils se marient, mais leur amour est bien réel. Un leader romain, Octave, déclare la guerre à Marc-Antoine. Cléopâtre tente de le séduire, mais en vain. Marc-Antoine se suicide au poignard, Cléopâtre au poison (piquée par un serpent) et meurt dignement sur son trône, pour que personne ne puisse la détrôner.

Les représentations

Bien avant l’invention du cinéma, des actrices s’essayaient déjà à imiter Cléopâtre sur les planches, souvent dans la pièce de Shakespeare, Antony & Cleopatra. En particulier l’actrice britannique Lillie Langtry, qui l’a incarné une centaine de fois sur scène (1890 – 1891).
Lillie Langtry (1890)

1912

Le premier Cléopâtre "connu" (Charles Gaskill) est un film muet avec Helen Gardner, une actrice à succès. Première femme à monter une boîte de production, créatrice de costumes, professeur de pantomime, c’est une femme exceptionnelle, presque autant que Cléopâtre elle-même. Pour les passionnés, le film est disponible en entier sur youtube ici. C’est une archive intéressante, mais pas un film génial. Le personnage de Cléopâtre y est très grave et assez insupportable à mon avis. Mais voyez quand même quelques secondes de la première Cléopâtre muette, dans un costume que l’actrice avait réalisé elle-même :

Helen Gardner (1912) - Theda Bara (1917)

1917

Le second Cléopâtre (J. Gordon Edwards) est connu pour avoir dans son casting la première vamp du cinéma, la belle Theda Bara. Le film est basé sur la pièce de Shakespeare Antony & CleopatraDe son temps, il fut censuré à cause du personnage trop "sexuel" et provocant, et des costumes outranciers. Il est malheureusement impossible de le voir, toutes les copies ayant brûlé lors d’un incendie à la Fox. Il reste seulement des bribes du film, dont ces quelques secondes :

1934

Le Cléopâtre réalisé par Cecil B. DeMille (pas de confusion, Cecil est un homme, et le gagnant de la toute première Palme d’Or à Cannes) est une version qui envoie valser rapidement César pour se concentrer sur l’histoire d’amour entre Cléopâtre et Marc-Antoine. Les réalités historiques et géopolitiques, bien que présentes, sont vraiment reléguées au second plan. C’est un drame amoureux plein d’excès et de faste et c’est assez sublime à regarder. De plus, l’actrice choisie pour le rôle de cette immense production hollywoodienne est… une française ! Claudette Colbert, certainement l’opposé physique de la véritable Cléopâtre, avec son minuscule nez retroussé. Seins nus strassés et robes moulantes au menu.
Ici, vous pouvez admirer la (courte) scène de l’entrée de Cléopâtre à Rome avec César et leur fils Césarion, un bâtard, puisque César était marié à une romaine et a "fauté" avec Cléopâtre, qu’on appelait "la reine prostituée". Pourtant, le peuple qui va bientôt haïr la reine d’Égypte lui réserve un accueil triomphant qui traduit le reste du film : opulence et excès, partout! Les quelques romains que l’on entend discuter dans l’extrait disent simplement "- Elle est belle – Oui, vraiment – Oh, je ne sais pas…", paroles qui soulignent l’éternel doute sur la réelle beauté de la reine d’Égypte. Certains auteurs de l’époque la comparent à une déesse, presque impossible à regarder tellement sa beauté était grande, mais les rares informations "concrètes" concernant son aspect physique (pièces, statues) ne laissent rien paraître de tel ! Mystère.
Claudette Colbert (1934) - Vivien Leigh (1945)

1945

La version intitulée César et Cléopâtre (Gabriel Pascal) est beaucoup moins connue, même avec Vivien Leigh au casting (la Scarlett d’Autant en Emporte le Vent). Peut-être parce que ce n’est pas un film hollywoodien, mais britannique et que c’est une adaptation d’une pièce de George Bernard Shaw et pas de Shakespeare. Une Cléopâtre plus femme enfant que femme fatale (elle a 16 ans dans ce film, alors que Vivien Leigh en avait 32 et l’illusion est parfaite!), un César ironique et blasé, une réalisation assez peu marquée et un aspect beaucoup moins péplum que dans les autres versions. Plus une pièce de théâtre qu’un film, peut-être à cause du jeu des acteurs, très doués. Et particularité : on parle de César et pas de Marc-Antoine, pour une fois !

1963

La version aux 4 Oscars de Joseph L. Mankiewicz est la plus aboutie et la plus spectaculaire de toutes, starring le couple mythique Richard Burton -Elizabeth Taylor, un film de 4h et 5h20 pour la version non-coupée.  Du point de vue de l’intrigue, ce film est un remake de celui de DeMille, mais avec beaucoup plus d’attention sur César. C’est une fresque, un monument, un vrai péplum, avec une rigueur historique incroyable (des historiens étaient consultés pour chaque scène), 64 robes pour Liz Taylor qui fait de Cléopâtre une vraie déesse, des milliers de figurantsun budget qui a failli ruiner la Fox, j’en passe et des meilleures. Niveau opulence, rigueur et qualité, il bat toutes les autres versions. Régalez-vous devant la scène, là aussi, de l’entrée de Cléopâtre à Rome, LA scène culte du film :
Cet extrait ne le montre pas, mais la caméra est placée derrière deux légionnaires romains, à la place de César. Nous avons donc dans cette scène le point de vue de César, à savoir l’angle le plus avantageux puisque c’était à lui que le "spectacle" était destiné. Comme au théâtre, il n’y a qu’une seule place "idéale", de laquelle on a la meilleure vision de l’œuvre, et ici le réalisateur nous l’offre. Hormis la démesure extrême (encore plus que dans la version de DeMille) qui caractérise Cléopâtre, c’est de la démesure d’Hollywood qu’il s’agit ici.
Élizabeth Taylor (1963)

2001

Le film Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat (adapté de la BDAstérix et Cléopâtre) met en scène la reine d’Égypte en la personne de Monica Bellucci[Note : Je ne néglige rien par snobisme !] Un film qui fait part belle à l’humour, tout en mettant en scène la folie des grandeurs, l’orgueil et le pouvoir sexuel de Cléopâtre et la montre comme une femme impitoyable et autoritaire qui mène tout le monde à la baguette, surtout César. Extrait plus que révélateur dans lequel tout cela est condensé : 
Le fait que César fasse comme s’il ne savait pas qui venait le voir (avec arrêt de tout bruit quand il est dos au char et le son qui revient dès qu’il se retourne) est un gag assez drôle en soi, il faut le reconnaître. Il se moque du côté "manifestation" de chaque sortie de la reine, avec l’immense char et la centaine d’esclaves qui l’accompagne (semblable à l’arrivée à Rome du film de DeMille et de Mankiewicz), qui n’envisage pas de passer inaperçu et qu’on ne la remarque pas. Égocentrique, Cléopâtre? C’est certainement la version filmique qui lui attribue le plus de défauts et la rend la plus détestable.
Monica Bellucci (2001) - Angelina Jolie (2012)

2012

Et une nouvelle Cléopâtre que nous prépare en ce moment-même David Fincher,starring Angelina Jolie, mais attention : il est question que cette Cléopâtre ne soit pas représentée comme une séductrice, mais comme un pharaon à part entière. L’actrice devra-t-elle s’enlaidir ou tout simplement ne pas chercher à se sublimer avec des costumes à tomber? Mystère… En tous cas, on sera loin d’Élizabeth Taylor.
Un point commun entre ces films : les actrices, toujours représentantes des canons de beauté de l’époque (Theda Bara n’a rien à voir avec Angelina Jolie). Ces belles femmes sont d’ailleurs à mille lieues de ressembler à "la vraie" Cléopâtre, avec ses traits lourds et son grand nez. Pourquoi? Parce que selon les époques et les lieux, les canons de beauté, comme la mode, évoluent et que la représentation que l’on se fait de Cléopâtre, irrésistible avant d’être belle, doit subsister. Cléopâtre sera toujours LA plus belle, LA plus puissante, LA plus maligne et LA femme à envier du moment. Beauté immortelle et immuable. (La it-girl, quoi.)
PARDON? Bon, puisque vous insistez… 
 Astérix et Cléopâtre (1968) de Goscinny et Uderzo, les créateurs d’Astérix en personne.

Les Lumières de la Ville de Chaplin

Quoi ? Un film en noir et blanc, et muet de surcroît ? Peut-être, mais quand vous sortirez vos connaissances cinématographiques en société, vous illuminerez de votre savoir ceux qui ne jurent que par les navets du moment (je ne juge pas !). Et toc. Bon, pas de symbolique filée aujourd’hui, mais un film à double lecture. Ça, c’est la classe.
Charles Chaplin, vous le connaissez toutes, le maître du muet, le putain de bogoss avec 4 femmes et 11 enfants, le génie. Là, tout de suite, maintenant, on va parler de son chef d’œuvre : Les Lumières de la Ville(1931). En voyant la date, vous vous dites sûrement : quoiquoiquoi? Le cinéma est encore muet à cette époque? Eh bien NON, il était même plutôt bavard, on appelait les films qui sortaient à cette époque (fin des années 20) les « talkies », terme assez péjoratif pour parler du « blabla », on parlait pour montrer que l’on savait utiliser le procédé, pas vraiment pour dire des choses intéressantes. Et ça, Chaplin, ça le rendait comme un ouf.
Scène Culte #4 : Chaplin dans Les Lumières de la Ville les lumières de la ville charlie chaplin
Déjà, il avait peur. Sa pantonimie était connue dans le monde entier et les gens l’aimaient ainsi. Pourquoi diable imposer à tous ces gens une seule voix ? une seule langue ? un seul accent ? lequel choisir ? Charlot en a pleuré des larmes de sang, mais il faudra bien qu’il s’y mette un jour. Il a du se dire « Allez, encore un ! ». Et c’est celui-là.
Les Lumières de la Ville, est le premier film sonore de Chaplin (c’est à dire accompagné de musique et éventuellement de bruitages, mais sans paroles). Un genre de palier de décompression avant de se mettre à parler. Il a composé lui-même toute la musique du film.
En gros : Charlot est un clodo, il tombe amoureux d’une fleuriste de rue. La belle est aveugle, malade et sans revenu, en un mot : le bon plan. MAIS une opération peut lui rendre la vue. MAIS elle coûte très cher, et Charlot est… un clodo, oui. Soucis : la nana le prend pour un beau et riche étalon et est toute excitée à l’idée qu’il lui vienne en aide. Et c’est ce qu’il va faire, sauf qu’à la fin, il lui donne le flouze, mais finit en taule. Un jour quand même, il en sort et là …Mes chéries, mes petites agnelles, si vous ne sentez pas ne serait-ce qu’UNE larme poindre devant cette vidéo, alors c’est sans espoir :
Dans cette scène de fin, on voit Charlot plus détruit qu’il ne l’a jamais été, ses vêtements ne tiennent qu’à un fil. Deux gamins se moquent de lui et arrachent le fond de son pantalon, ils représentent le parlant, qui vient détrousser ce pauvre Chaplin.
Vous remarquerez qu’elle le reconnaît lorsqu’elle lui touche la main, mais lorsqu’elle fait le geste de la prendre, son regard s’aveugle à nouveau. Il parait que cette scène serait « la plus grande performance d’acteur et le moment le plus fort de l’Histoire du cinéma ». Et je suis plutôt d’accord. Que demander d’autre?
Ici, il joue son propre rôle : Charlot, son personnage, connu et reconnu. La belle aveugle, c’est nous et l’idée que nous nous faisons des gens. Le film se termine sur le visage le plus expressif qui soit (qui semble être la définition par excellence du bonheur), en mode : « regardez une dernière fois, vous allez bientôt vous concentrer sur des dialogues et ne plus voir tout cela ».
Ce film est le déchirant adieu de Chaplin au cinéma muet. Il remettra ça avec Les Temps Modernes avant de faire (pour de vrai) son premier film parlant, Le Dictateur (dont le titre réfère, bien sûr, à la diction).
Pitch du film : Un vagabond rencontre une jeune fleuriste aveugle et tombe amoureux d’elle. Elle le prend pour un homme riche, et de peur de décevoir sa belle, Charlot deviendra boxeur, balayeur, voleur… pour réunir l’argent afin d’opérer la jeune fille.
A savoir : Chaplin et l’actrice principale (Virginia Cherrill) ne s’aimaient pas du tout. | Albert Einstein était à sa droite lors de la première du film à Los Angeles.